GAN et ses canaux

De nombreuses bastides, ces « villes neuves » du Moyen Age, portaient le nom

de villes illustres comme Bruges, Tournay, Fleurance (pour Florence), Valence,

etc. Ainsi, lors de son passage dans la ville flamande de Gand, Gaston II, père

de Gaston Phébus, emporta dans son esprit la vision merveilleuse de cette

riche cité lointaine et GAN, en Béarn, naquit en 1335.

Au XIVème siècle, Gand, en Belgique, était, avec ses 60 000 habitants l’une des villes les plus

importantes d’Europe après Paris. Le nom Gand vient du celte « ganda » qui signifie

« confluent » car Gand se trouve à la confluence de deux rivières, la Lys et l’Escaut; et des

canaux sillonnent cette ville en tous sens.

La ville de Gan hérite ainsi de ce nom car notre bastide était, dès l’origine, entourée par deux

canaux (ou fossés) parallèles distants d’une dizaine de mètres. C’est le long de ces canaux

qu’étaient érigés des talus et des palissades en bois afin de protéger la ville des intrusions.

Le système défensif ne comportait pas de murailles mais on ne pouvait pénétrer dans Gan

que par l’une de ses trois portes munies de herses. Une seule subsiste aujourd’hui, la Porte

Nord dite Porte de la Prison.

Ces canaux ont traversé les siècles pour ne disparaître qu’en 1960, date à laquelle la ville

s’est équipée de son réseau d’égouts. Les canaux ont alors été asséchés et comblés pour

des raisons d'hygiène.

Ils étaient alimentés par le Néez ou plutôt par le canal du Moulin (aussi appelé canal de la

Marbrerie). L’eau des canaux était captée quelques mètres en aval du pont Sainte

Catherine, juste avant que le canal du Moulin ne se rejette dans le Néez en actionnant la

roue à aube du moulin à farine construit à l’époque de Jeanne d’Albret.

Le canal du Moulin fut creusé en 1633 pour mieux alimenter les fossés de la bastide (cela

sous-entend qu’un autre canal existait auparavant pendant trois siècles pour alimenter les

fossés !). Une pierre, vestige de la digue longeant le canal, en apporte la preuve. Elle fut

retrouvée fortuitement par Mr Claverie, ancien maire de Gan et propriétaire du moulin à

foulon où se trouve maintenant la marbrerie. Cette pierre porte l’inscription:

« AQVERE PAXERE FOV

ACABADE LOV I DE JVIHET

1633 A DESPENS DEV REI

LOVIS XlII S.D. BEARN »

(Cette digue fut achevée le 1er Juillet 1633, aux frais du roi Louis XIII souverain de Béarn)

Cette pierre apporte aussi la preuve que Pierre de Marca qui présidait le Parlement de

Navarre à cette époque, avant de rentrer dans les Ordres, usa du crédit dont il jouissait

auprès du Roi au profit de sa ville natale.

L’eau était un élément fondamental dans la vie d’une bastide. Elle servait au jardinage, à la

toilette, à la vaisselle mais aussi à la lessive. Il existait donc de nombreux lavoirs le long de

ces canaux mais tous ont malheureusement disparu et n’ont su être sauvegardés. Autres

temps, autres moeurs…

Les plus anciens se souviendront du lavoir du Padoën et du Clabetou dans lequel venaient

se « doucher » rugbymen et footballeurs car le stade était tout près sur la route de

Lasseube. Près du château de Marca et de l’Ecole des Filles, un autre lavoir se trouvait

derrière la maison Oscar où habitait la « Grande Louise ». Il existait aussi bien d’autres

lavoirs privés attenants aux maisons qui bordaient les deux canaux sans oublier ceux du

Foulou et de la Quillère sur le canal du Moulin.

En amont de Gan sur le Néez ; il y avait aussi plusieurs autres moulins à farine et même un

moulin à tabac, le moulin d’Acot. Plus tard l’eau servira à l’industrie. Les eaux des canaux

ceinturant Gan furent ainsi détournées en 1864 au profit de Pierre Vignot pour actionner son

usine à plâtre et la scierie qui deviendra plus tard propriété de la famille Rocabert.

Daniel TRALLERO

 

Plan actuel sur lequel a été rajouté l’emplacement des canaux disparus