La marbrerie de GAN

Au Zénith de Pau, le jeudi 8 avril 2009, a eu lieu la Cérémonie de remise des

Trophées des As de l’Entreprise. Jean-Pierre Tanneur y reçoit le trophée

d’argent « Entreprises et Territoire », trophée bien mérité qui couronne cette

petite entreprise d’une dizaine de personnes.

Une longue tradition marbrière

Lorsque, dans les métiers de la pierre et du marbre, on évoque les entreprises de grande

tradition professionnelle, la Société Industrielle du Néez, plus connue sous le nom de la

Marbrerie, fait partie de celles à citer en exemple. Elle est née en 1905 et, dans la voie

tracée par leur grand-père Georges et leur père Jean, dit Babou, les deux frères Jean-Pierre

et Jean-Jacques perpétuent cette activité uniquement centrée aujourd’hui sur le bâtiment et

plus précisément sur la décoration.

Mais revenons sur l’histoire de cette usine située le long du canal qui longe la place de la

Quillère. Ce canal fut creusé en 1633 pour mieux alimenter les fossés de la bastide, mais il

est très vraisemblable qu’un moulin y fut aussi construit. En effet, en 1760, un moulin était

bien implanté à cet endroit et appartenait à Jean-Pierre de Rancès. Nous le retrouvons sur

le plan napoléonien de 1813 et, dans les années 1830-1845, il appartenait conjointement à

JP de Rancès et à Pierre Claverie, maire de Gan.

En 1839, une marbrerie déjà existante est évoquée pour la première fois sur ce site. Cette

belle « marbrière » appartenait à Mr Calion et exploitait les marbres des Pyrénées ; elle

fournissait Bordeaux, Toulouse en chambranles, foyers, tables de salon…C’est de ses

ateliers que sont sortis les magnifiques cheminées qui décorent les appartements restaurés

du château de Pau ainsi que le piédestal de la statue Henri IV élevée sur la place Royale.

Mr Calion ayant déménagé à Pau, c’est Pierre Claverie qui, vers 1850, reprend cette

marbrerie et lui donne une nouvelle impulsion en y ajoutant des marbres d’autres carrières

pyrénéennes.

Dès 1905, la marbrerie alimente Gan en électricité

C’est à partir de cette propriété industrielle dite « Moulin de Claverie », qui appartiendra vers

la fin du 19ème siècle à Lambert Mirat de Pau, que fut créée le 4 juillet 1905, la Société

Industrielle du Néez avec trois administrateurs : Mrs Lambert Mirat, Adolphe Favereau et

Maurice Juste.

La société avait bien sûr pour objet de perpétuer « la scierie et le travail des marbres » mais

ses statuts entérinaient aussi la concession qui avait été faite par la commune de Gan, lors

du conseil municipal du 16 avril 1905, « du droit exclusif d’établir et entretenir dans toutes les

rues, places et voies publiques situées sur son territoire, des fils conducteurs … destinés à la

transmission du courant électrique pour l’éclairage public et privé…».

Cette activité de fourniture électrique cessera en 1922.

Une usine tributaire du débit du Néez

Le canal alimenté par le Néez n’a pas toujours garanti le bon fonctionnement de cette usine

et des autres « industriels du Néez ».

Dès 1910, des variations de débit étaient signalées suite à la construction d’un muret qui

obstruait partiellement l’entrée du gouffre d’Arudy, gouffre dans lequel se précipitent les eaux

du gave d’Ossau pour ressortir à l’OEil du Néez, en amont de Rébénacq. Des démêlés se

poursuivirent après la guerre, en 1920, avec les « usiniers » d’Oloron qui, de leur côté,

veillaient « à ce que la moindre goutte d’eau leur revenant ne leur soit enlevée par les eaux

du Néez » et s’opposaient à la démolition de ce muret.

En 1934, nouvel incident à l’occasion de la construction du barrage de l’usine Robert en aval

de Rébénacq (usine qui appartenait à la société Laprade d’Arudy).

En 1953, autre bataille, cette fois-ci avec la ville de Pau suite à la mise en service d’un

deuxième prélèvement d’eau à l’OEil du Néez et la construction d’un « nouveau canal » pour

alimenter les filtres de Guindalos et fournir l’eau potable à la ville de Pau. Ce « nouveau

canal » ainsi que « l’ancien canal» datant de 1910 sont bien visibles à flanc de coteau entre

Gan et Jurançon.

Une réputation mondiale

Aujourd’hui, près de deux siècles après l’apparition de la première marbrerie de Mr Calion,

l’entreprise est définitivement tournée vers le travail du marbre et plus particulièrement vers

les revêtements marbriers minces.

De nombreuses et prestigieuses réalisations ont essaimé à travers le monde entier :

_ les dallages des Casinos de Houston (Texas) et Balis à Atlantic City (New Jersey)

_ la piscine et les dallages de l’hôtel Hilton de Beverly Hills (Californie),

_ 250 salles de bains à l’Hôtel Essex-House de New-York,

_ mais aussi bien d’autres réalisations en Andorre, en Suisse, en Allemagne, au Japon

et à Kuala Lumpur en Malaisie.

_ et plus localement, les façades de l’Accueil Notre-Dame à Lourdes ainsi que les

pavages des trottoirs nouvellement refaits au Centre Ville de Pau et au cinéma Méga-

CGR,

C’est sur cette belle lancée que Sébastien Tanneur, le fils de Jean-Pierre, continuera demain

à assurer la pérennité de cette entreprise familiale.

 

Daniel Trallero