La Tuilerie ou « Teulère » de GAN

Des centaines de tuileries se créèrent au nord des Pyrénées durant le 19ème

siècle. Dans ce vaste mouvement, les frères Boves, Belges flamands, viennent

s’installer à Gan et mettent en route en 1896 une petite tuilerie à l’ouest de la

voie ferrée au pied du coteau de Bastarrous(*).

Vers 1900, l’usine est rachetée par Mr Larrieu et Auguste Leduc prend la direction. Ne

connaissant pas bien la fabrication, l’usine est louée aux deux beaux-frères Pierre-Louis

Lartigue et Pierre Dumas qui possèdent déjà quatre usines : Auch (1856), Nogaro, Riscle

(1890) et Agen (1893).

Jusqu’en 1914, Lartigue & Dumas aménageront et équiperont cette « usine à vapeur» avec

sa grande cheminée. L’usine fermera en 1914 durant la guerre.

En 1920, L&D achètent l’usine et au décès de PL Lartigue l’usine de Gan intègre la «société

anonyme des anciens établissements Lartigue et Dumas » qui gère trois tuileries : Auch,

Agen et Gan. L’usine de Gan est agrandie. Les murs Nord et Ouest sont enfin bâtis en dur et

remplacent les vieilles planches de bois.

C’est à cette époque que le comte O’Gorman entame ses recherches fossilifères et publie

son ouvrage « Le gisement Cuisien de Gan».

En 1923, Adolphe Leduc, fils d’Auguste, prend la direction de l’usine.

En 1930, le premier four est démoli et un four Hoffmann est installé. C’est un four annulaire à

«feux mobiles» qui fonctionne au charbon où l’on empile les produits à cuire. Il fonctionnera

sans interruption jusqu’en 1963, des équipes de chaufourniers se relayant toutes les 8

heures. Parmi le personnel, nous trouvons de nombreux immigrés espagnols.

En 1946, Alfred Leduc, frère d’Adolphe, prend à son tour la direction mais décède peu après.

La vacance est assurée par son épouse Madeleine et par Bernard Labignasse, contremaître.

D’autres directeurs se succéderont : Pierre Desgranges (1947-54) et Bernard Demoncuit

(1955-60), jusqu’au retour d’Adolphe Leduc qui bâtira une nouvelle usine fonctionnant «au

gaz de Lacq» et qui mettra en route en 1963 un four tunnel «à feu fixe et produits mobiles»

de 2m20 de large. A son départ à la retraite en 1965, Mr Bénéjean lui succèdera.

En 1974, avec la crise pétrolière, des difficultés apparaissent. L’usine n’est plus

techniquement compétitive. Le four tunnel n’est pas suffisamment grand. L’usine qui emploie

alors 75 personnes (dont la moitié sont des immigrés maghrébins logés dans un bâtiment

attenant) ne produit que 100 tonnes par jour alors qu’à Colomiers (31) le même tonnage est

réalisé par 15 personnes avec un four de 4m50 de large.

De plus, l’exploitation de la carrière commence à poser problème. On doit aller chercher de

l’argile jaune à Sauvagnon et du sable feldspathique à Rébénacq pour aréniser (aérer) la

marne bleue de Gan qui était trop compacte. Puis il fallut aller chercher de la marne dans

une nouvelle carrière ouverte sur la route de Lasseube car celle de Gan s’épuisait. Tous ces

frais de transport grèvent la rentabilité. La fermeture de la tuilerie est inéluctable et l’usine

s’arrête définitivement le 5 juillet 1975.

(*) La présence d’une tuilerie au sud de Gan avait été signalée en 1781 par Pierre-Bernard

Palassou, dans ses « Essais sur la minéralogie des Monts-Pyrénées». Visible également sur

la carte de Cassini, il est peu vraisemblable qu’elle se situât sur le site dont nous parlons ici..

 

Daniel TRALLERO