Comment naissent un grand Roi et une légende…. … .........et comment la Ville de GAN y fut associée !!

 

Dans la mémoire populaire le vin de Jurançon évoque aussitôt le baptême d'Henri IV et le geste

d'Henri d'Albret, son grand-père, présentant ce vin au nouveau né pour effacer le goût de l'aïl qui

l'avait fait grimacer.

De boun Yuransou que-u pleè lou coupet

Henric que-u hourrupa chens ha nade grimace

Il remplit la coupe de bon Jurançon

Henri la but sans faire de grimace

Mais comment s'est construit cette légende au cours des siècles ?

Le texte le plus ancien parlant de la naissance d'Henri IV est celui de Palma-Cayet en 1608 (soit 55

ans après cette naissance et à peine 2 ans avant son assassinat) :

"Ainsi vint ce petit prince au monde, sans pleurer ni crier, … [son grand-père] luy bailla un cap d'aïl,

dont il lui frotta ses petites lèvres, lesquelles se fripèrent l'une contre l'autre, comme pour sucer ; ce

qu'ayant vu le Roy… luy présenta du vin dans sa coupe ; à l'odeur ce petit prince bransla la teste

comme peut faire un enfant ; et lors le dit Sieur Roy dit "Tu seras un vray béarnais".

Quatre ans plus tard, Favyn reprit ce texte mais au lieu de citer simplement Cayet, le modifia en

ajoutant des détails nouveaux. Cette nouvelle version fantaisiste, où Henri IV avala du vin, est

devenue en quelque sorte classique et a servi de base à presque toutes les narrations postérieures.

Aucun écrit jusqu'à la fin du XVIII siècle ne précise de quel vin il s'agit et encore moins de quel terroir

!

En fait il faut attendre la Restauration en 1820 pour voir naître la légende du Jurançon. Lors de la

naissance du duc de Bordeaux, le 29 Septembre 1820, Louis XVIII s'inspirant des gestes d'Henri

d'Albret "fit boire à l'enfant un peu de vin de Jurançon". Le Mémorial Béarnais du 10 Octobre 1820

rapporte dans les termes suivants : "et le jeune prince à l'exemple de son aïeul a supporté sans

rechigner. On nous assure que l'aïl et le vin de Jurançon avaient été envoyés de notre ville [Pau].."

Il fallut encore une vingtaine d'années pour enfin identifier la cave d'où ce vin est originaire, c'est-àdire

une cave de GAN. Le "mérite" en revient à Dugenne en 1839 dans son "Panorama historique et

descriptif de Pau et ses environs".

"…Ce que nous recommandons à l'endroit où nous sommes, c'est de faire au moins une station pour

aller visiter la célèbre vigne de Gaye (à GAN), qui appartient à M. Sicabaig… Là, se récolte le

Johanisberg du Béarn, ce vin merveilleux réservé entièrement autrefois à la table de nos princes, et

qui eut l'honneur d'humecter les lèvres d'Henri IV, le jour où il vint au monde. On prétend que ce roi

faisait un cas si particulier du vin de Gaye qu'on plaçait des sentinelles autour de la vigne afin

qu'aucune grappe n'en fût détournée. Et cette précaution n'était pas de trop en effet, quand on pense

qu'on ne recueille chaque année qu'un tonneau de ce nectar".

D'autres auteurs avaient déjà parlé de la Vigne de Gaye sur le territoire de GAN, avant Dugenne :

Bonnecaze, Palassou, Bitaubé… mais aucun n'avait fait allusion à Henri IV !

Si le vrai n'est quelquefois pas vraisemblable, on peut retourner la formule et dire que le

vraisemblable peut aussi bien, quelquefois, être le vrai.

Quelle que soit cette vérité laissons encore errer notre imagination et que vive encore longtemps

cette légende.

Daniel TRALLERO