Le Docteur Pierre Baudot

 

S’il est deux médecins dont le souvenir reste encore vivace pour de nombreux

Gantois, ce sont les docteurs Pierre Baudot et Jacques Doassans. A eux deux,

ils soignaient toutes les familles de Gan et des villages environnants. Nous

consacrerons cette page au premier qui exerça à Gan pendant 50 ans, de 1924

à 1974.

Une jeunesse marquée par la Guerre

Issu d’une famille de vignerons bourguignons, Pierre Baudot est né le 8 septembre 1893 à

Saint-Mihiel dans la Meuse où son père était militaire de carrière.

Il commence ses études à Metz, mais son père est muté à Pau au 18ème RI en 1908. C’est à

l’Immaculée Conception qu’il obtient son bac. En octobre 1912, il s’engage dans l’armée et

en novembre 1913, il entre à l’Ecole du Service de Santé Militaire de Lyon. En août 1914,

avant de terminer ses études de médecine, il est appelé au front en qualité de médecin

auxiliaire. Il est blessé une première fois, une jambe fracturée par un éclat d’obus. Dès son

rétablissement en février 1915, il remonte au Front alors que son frère aîné vient d’y périr. Il

parcourt alors ces champs de bataille de triste mémoire: Verdun, Fort de Vaux, Fleury,

Douaumont. La Croix de Guerre avec une citation récompense sa conduite. L’été 1916, il

participe à la bataille de la Somme et en avril 1917, il est au Chemin des Dames. Il revient en

janvier 1918 à Verdun où il est gravement blessé par les gaz de combat. Nouvelle citation.

La guerre finie, il reçoit la Légion d’Honneur.

Il termine ses études de médecine à Lyon et en 1922, il revient en Béarn où habitent toujours

ses parents. Un de ses hobbies est alors l’aviation ; il survole de nombreuses fois la bastide

de Gan pour la photographier, avant de s’y installer en 1924 pour y démarrer son activité

médicale.

Une vie de médecin et d’amitié

A une époque où les voitures sont rares, on le voit parcourir des chemins impraticables avec

sa moto et terminer souvent à pied, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, par tous les

temps pour atteindre une ferme isolée en haut des coteaux. Il était ce «médecin de famille»

qui partageait la vie de ses malades avec leurs joies et leurs peines.

De l’argent il n’avait cure ; il oubliait très facilement de se faire payer, se contentant d’une

tasse de café ou d’un verre de Jurançon, allant jusqu’à glisser un billet sous le verre de ses

patients les plus pauvres.

Il se marie le 2 juin 1943 avec Isabelle qu’il avait rencontrée en venant soigner une de ses

tantes, réfugiée avec elle au château des Astous. Durant la guerre, Isabelle sera infirmière

volontaire de la Croix Rouge française et recevra à ce titre la Croix de Guerre.

Ils auront trois enfants : Marie-Isabelle, Bruno et Michel et achèteront en 1950 la propriété de

La Pastoure sur la route de Lasseube. Son épouse l’accompagnait et l’assistait dans la

plupart des accouchements qu’il effectuait à domicile, dont le dernier en 1974 à l’âge de 81

ans.

Regard vif, sourire aux lèvres, doté d’une mémoire exceptionnelle, commençant

invariablement ses propos par « Ecoute, mon petit gars, …. », le Dr Baudot était intarissable

sur l’histoire locale, l’agrémentant souvent de détails savoureux et captivants.

Il fut l’ami intime de Pierre Emmanuel, notre éminent poète et académicien gantois qui sera

le parrain de son fils Michel et qui se disait « son petit frère », signe de l’amitié qui les

unissait. Il écrivait : « Ce Lorrain fut vraiment […] l’âme de mon village béarnais dont il

connaissait toutes les familles […]. Aussi pût-il jouer […] un rôle de conseiller, de guide

moral, dans ce rude milieu paysan à la fois désarmé et fataliste devant la maladie et la

mort.»

En 1976, il est promu officier de la Légion d’Honneur. Il décède le 11 mai 1980 dans sa 87ème

année. Ses obsèques ont lieu en présence de Pierre-Emmanuel et de nombreux amis sous

une pluie battante. Même le temps pleurait sa disparition !

Daniel Trallero

Quelques images du Docteur Baudot