LOUIS BIDAU, maire de Gan et « pére du Maïs »

S’il est un nom qui parle à la mémoire des Béarnais, c’est bien celui de Louis

Bidau. Pendant 30 années, de 1947 à 1977, il fut maire de GAN, il fut aussi le

grand défenseur de la cause paysanne et un animateur hors du commun. Bref

un homme qui, par son rayonnement, a su peser sur les évènements de son

temps.

Louis Bidau est né le 15 septembre 1904 à Bosdarros. Ses parents étaient domestiques

chez Labat dans la vallée de Las-Hies mais leur ambition était d’avoir une petite propriété ;

ils l’achetèrent à Gan sur la route de Bosdarros et ils purent y cultiver quelques arpents de

vigne. Louis avait 9 ans. Son enfance fut donc rythmée par les travaux des champs.

Très tôt, il manifesta une intelligence au dessus de la moyenne ; il passa son Certificat

d’Etudes à l’âge de 11 ans mais ne put continuer ses études. Son père avait besoin de lui

pour accomplir de multiples tâches; on le vit aussi casser des cailloux pour l’entretien des

chemins autour de Gan. Enfance dure d’autrefois, mais qui forgea un caractère opiniâtre et

courageux.

La JAC et le syndicalisme agricole

Il aime lire; ses lectures lui font prendre conscience de la stagnation du monde agricole.

Vers 1925, par le biais des Cercles d’Etudes Agricoles mis en place par l’Ecole Supérieure

d’Agriculture de Purpan, il s’inscrit avec d’autres jeunes Béarnais aux cours par

correspondance du Père Barjallé, homme qui comptera beaucoup dans sa vie.

Avec lui, il devient un des fondateurs de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique) en Béarn où

il se distingue déjà par ses talents oratoires.

En 1927, des concours de maïs sont organisés entre ces jeunes, concours qui seront

reconduits chaque année pour exposer les plus beaux épis. A l’époque, on semait « le grand

roux basque », « le doré de Gomer », « le blanc de Chalosse » ou encore « la millette de

Lauragais » mais on ne connaissait pas les hybrides et la sélection des semences se faisait

à partir des plus beaux épis, parfois « chipés » au voisin au cours d’une « espérouquère » !

Ces Cercles et ces concours ouvrent la voie au renouveau du maïs et les services officiels

organisent à Pau le 1er Congrès international en 1930.

En 1928, il est remarqué par Samuel de Lestapis, homme politique, dirigeant local du

syndicalisme agricole, créateur de la Maison du Paysan et de l’AGPM en 1934, député de

Pau de 1935 à 1940. C’est avec lui que Louis Bidau mettra le pied dans le syndicalisme

agricole et deviendra rapidement son second en s’occupant des «jeunesses paysannes».

Durant ces années d’avant-guerre, il sera contrôleur laitier en montagne ; avec un vélo sans

dérailleur, il rendait visite aux bergers et sut nouer des amitiés avec le monde du

pastoralisme.

La remise en route après la guerre

Mobilisé dans le Génie en 1939, il rejoint Samuel de Lestapis à son retour de la « drôle » de

guerre au sein de l’Union Départementale de la Corporation Paysanne. Il lui succèdera

comme Président en 1943. Pendant cette période trouble il évite à de nombreux jeunes de

partir au Service du Travail Obligatoire (STO) en leur établissant de faux-certificats.

A la libération, la Corporation Paysanne disparaît et il devient Président de la Confédération

Générale de l’Agriculture, de la FDSEA et du Comité Départemental d’Action Agricole.

En 1948, alors que les « concours de maïs » d’avant-guerre sont reconduits, Louis Bidau

rencontre Luc Alabouvette, professeur à l’Ecole d’Agriculture de Montpellier (futur INRA) qui

revient d’une visite aux USA. Ce dernier lui apprend que les Américains utilisent déjà des

maïs hybrides depuis 25 ans et que ces nouvelles variétés rendent caduques la

sélection empirique pratiquée jusqu’alors en Béarn.

 

L’AGPM

En 1949, Louis Bidau devient Président de l’Association Générale des Producteurs de Maïs

(AGPM) et le restera pendant 24 ans jusqu’en 1973. Fin 1949, il organise à Pau le 2ème

Congrès international du Maïs. Luc Alabouvette viendra y vanter tous les mérites des

semences hybrides «à haut rendement».

Puis, avec son ami et fidèle compagnon Jacques Etchebarne, ils s’attachent à organiser la

production des semences «hybrides» de maïs en France. L’ampleur de la tâche est énorme

car il faut vaincre toutes les réticences. Plusieurs années furent nécessaires, mais la

« révolution du maïs » était en route, elle dura 15 années après la guerre.

La « Coopé »

En 1951, il devient Président de la Coopérative Agricole des Céréales du Bassin de l’Adour

(CACBA). C’est l’actuelle société Euralis installée à Lescar depuis 1977. Pour lui la

Coopération sera le moteur de la « révolution du maïs » et la « Coopé » fera du Béarn la

capitale du maïs.

En 1952, il prend la présidence de la Chambre d’Agriculture des PA.

En 1954, grande victoire, il obtient que le maïs puisse jouir d’un prix garanti et soit intégré,

au même titre que le blé, dans le cadre de l’ONIC (Office National Interprofessionnel des

Céréales).

Début 1959, il accueille le Général de Gaule, puis Nikita Kroutchev en mars 1960, mais aussi

de nombreux ministres de l’Agriculture dont Edgar Pisani, Jacques Chirac.

Il poursuivra sa tâche avec acharnement. En 1971, en quittant la CACBA, les surfaces en

maïs avaient été multipliées par 3 et les rendements par 4.

L’homme

Un rayonnement exceptionnel, un talent naturel à être leader, un orateur à l’éloquence

puissante et directe qui savait rassembler, subjuguer, « un extraordinaire pouvoir de

conviction qui devenait parfois spectaculaire» dira Hubert Buchoou. Il s’engageait à fond

dans tout ce qu’il entreprenait et était le défenseur actif et vibrant de la cause qu’il défendait.

Il gravit rapidement les échelons par la confiance et la foi qu’il inspirait. Il vit s’accumuler sur

ses épaules un nombre incroyable de responsabilités d’abord régionales puis nationales ;

nous ne pourrons pas les citer toutes ici.

Tous les leaders politiques consultés à l’époque s’accordent pour reconnaître son influence.

S’il l’avait désiré il aurait pu être un homme politique dominant dans le département.

Le maire

Louis Bidau n’a pas limité ses engagements au monde agricole ; il fut maire de Gan, pendant

30 ans, d’octobre 1947 à mars 1977. Il fut le maire de l’union, en rassemblant une liste

d’agriculteurs, ouvriers et commerçants.

Il donne un nouvel essor à la commune par :

_ la cave coopérative du Jurançon installée à Gan en 1949, alors qu’elle devait l’être à

Monein, grâce à la persévérance d’un petit groupe d’amis rassemblés autour de lui,

comme Frédéric Miramon, son collaborateur qui sera le 1er directeur de la cave,

Edouard Saba-Assat, le futur fondateur de la Viguerie Royale, Jacques Etchebarne,

etc.

_ la création du premier lotissement de Gan, celui des Castors en 1953-1955,

_ l’assainissement et la mise en place des égouts dans la ville en 1960,

_ l’électrification des campagnes et le goudronnage des chemins vicinaux,

_ la construction de la salle omnisports qui porte aujourd’hui son nom, etc..

De 1970 à 1977, il se retire progressivement de toutes ses responsabilités, intervenant

seulement sur les ondes de Radio Béarn à 7h30, une fois par semaine, pour «Trois minutes

de Souvenirs» et de philosophie humaine.

 

Daniel Trallero